
Bien que les réunions à distance semblent offrir une commodité appréciable, elles peuvent paradoxalement conduire à un état d'épuisement profond, tant sur le plan mental que physique. L'enchaînement de ces sessions sans répit, la nécessité d'une attention soutenue, les défis techniques imprévus et la fixation prolongée devant un écran contribuent à transformer une journée de travail ordinaire en un véritable parcours d'endurance. Comprendre les mécanismes de cette fatigue est crucial pour mettre en place des stratégies efficaces visant à préserver la santé et le bien-être des professionnels.
Le 29 octobre 2026, Manon Doussot, journaliste, en collaboration avec Laurent Kerangueven, ergonome et expert en assistance-conseil à l'INRS, a mis en lumière les raisons pour lesquelles les visioconférences s'avèrent si épuisantes. L'article détaille comment l'accumulation des réunions en ligne, le manque de pauses adéquates et la sollicitation constante de notre attention transforment une journée de travail en un véritable marathon, entraînant fatigue oculaire, douleurs cervicales et dorsales, ainsi qu'une difficulté à se concentrer. Ces symptômes résultent d'un mélange de contraintes physiques et cognitives, exacerbées par l'environnement de travail et les pratiques individuelles.
Laurent Kerangueven, expert de l'Institut National de Recherche et de Sécurité, souligne que la fatigue est le fruit d'une exposition à diverses contraintes. Cela inclut une attention soutenue, le travail prolongé devant un écran, le maintien de postures statiques et contraignantes, les nuisances sonores, les problèmes techniques et l'enchaînement des réunions sans temps de récupération suffisant. Cette situation met en évidence l'importance d'une réflexion collective sur l'organisation du travail et l'adoption de bonnes pratiques individuelles pour mieux gérer ces outils.
La participation à une visioconférence exige plus qu'une simple écoute. Elle demande une capacité à suivre des échanges complexes, à identifier les informations clés, à interpréter les réactions non verbales des participants, souvent masquées par les limites de la technologie, et à choisir le bon moment pour intervenir. Cette gymnastique mentale est d'autant plus ardue que les indices visuels et sonores peuvent être de mauvaise qualité, compliquant la compréhension et augmentant l'effort cognitif.
Les problèmes techniques, tels qu'une connexion instable, des coupures sonores ou des images figées, ajoutent une couche de stress. La multiplicité des plateformes de visioconférence et la maîtrise variable de leurs fonctionnalités par les utilisateurs constituent également des facteurs aggravants, soulignant le besoin de formations adaptées.
L'illusion de productivité engendrée par le multitâche pendant les visioconférences (consulter ses e-mails, répondre à des messages instantanés) est trompeuse. Ces activités concurrentes fragmentent l'attention, diminuent l'efficacité et augmentent la charge mentale. Il est donc recommandé de désactiver les notifications et de se concentrer pleinement sur la réunion. De plus, chaque réunion devrait faire l'objet d'une évaluation de sa pertinence : un simple e-mail ou un appel téléphonique pourraient parfois suffire, évitant ainsi un engagement excessif et inutile.
Le temps prolongé devant les écrans induit une fatigue visuelle, aggravée par un clignement des yeux moins fréquent, qui peut entraîner sécheresse et irritation. Un éclairage inadéquat, les reflets sur l'écran et une mauvaise qualité de l'air contribuent également à cet inconfort. Les symptômes incluent des yeux secs et irrités, une sensation de lourdeur, une vision floue transitoire et des maux de tête. Bien que souvent temporaires, ces signaux ne doivent pas être ignorés.
Sur le plan physique, la posture statique prolongée est une source majeure de douleurs cervicales, dorsales et aux épaules. L'utilisation d'ordinateurs portables sans ajustement ergonomique adéquat exacerbe ces troubles. Il est essentiel de varier les postures, de se lever régulièrement et de s'étirer pour prévenir les troubles musculo-squelettiques (TMS). L'INRS recommande de positionner l'écran à 50-70 cm de distance pour un confort optimal.
Pour combattre cette fatigue, il est impératif d'adopter des réflexes individuels et de repenser l'organisation collective du travail. Espacer les visioconférences, limiter les réunions non essentielles, éviter le multitâche, bouger régulièrement, profiter des pauses pour s'éloigner des écrans, adapter son poste de travail et optimiser l'éclairage sont autant de mesures préventives. Il est également crucial de se familiariser avec les outils de visioconférence et de solliciter des formations si nécessaire. Varier les modalités de travail, en alternant présentiel, téléphone ou échanges écrits, peut également contribuer à alléger la charge.
Une fatigue passagère après une journée chargée est normale. Cependant, des douleurs persistantes, des maux de tête fréquents, une gêne visuelle récurrente ou une fatigue généralisée qui perdure nécessitent un avis médical. Il est important de ne pas attribuer systématiquement ces symptômes aux visioconférences, car d'autres causes peuvent être en jeu. Les services de prévention et de santé au travail peuvent aider à identifier les liens entre les symptômes et l'activité professionnelle, et à proposer des aménagements adaptés.
Les visioconférences sont devenues un outil indispensable dans le monde professionnel moderne. Plutôt que de les supprimer, l'objectif est de leur accorder une place juste et équilibrée dans notre quotidien. En espaçant les rendez-vous, en diversifiant les activités, en favorisant les mouvements réguliers et en améliorant l'aménagement des postes de travail, il est possible de minimiser leurs effets négatifs. Pour les entreprises, cela implique de questionner la pertinence de chaque réunion et d'assurer des temps de récupération suffisants pour les employés. Parfois, la visioconférence la plus bénéfique est celle qui n'a pas lieu, remplacée par un moyen de communication plus adapté et moins énergivore.