





















Le "Mur Métabolique" représente une intervention architecturale novatrice, conçue par Thomas Gkikas et Felix Verheyden, qui transcende les notions traditionnelles de construction. Cette œuvre se manifeste comme une entité dynamique, s'intégrant au cœur d'un paysage italien pittoresque, et sert de pont entre l'intervention humaine et les processus naturels. L'approche adoptée ici défie la permanence, embrassant plutôt un cycle de vie où la structure est continuellement modelée et réécrite par son environnement, soulignant une interdépendance profonde entre l'artifice et l'écosystème environnant. Plutôt que de s'imposer, elle participe activement aux cycles écologiques, offrant un modèle d'architecture plus consciente et réceptive.
Le projet se distingue par son rôle de catalyseur pour une interaction multispecies, invitant la faune locale et les micro-organismes à faire partie intégrante de son évolution. En utilisant des matériaux biodégradables et en anticipant leur décomposition, le "Mur Métabolique" questionne les paradigmes habituels de la construction et de la gestion des déchets. Il propose une logique de cycle fermé, où l'architecture devient une offrande saisonnière, enrichissant l'environnement au lieu de le consommer. Cette vision conduit à une redéfinition de l'objet architectural, non plus comme une entité statique, mais comme un processus fluide et réversible, en constante résonance avec le monde naturel.
Le pavillon linéaire, baptisé "Mur Métabolique", se niche au sein des paysages vallonnés de Pietrarubbia, en Italie. Il s'affirme non seulement comme une création architecturale, mais également comme un écosystème évoluant avec les saisons. Situé au milieu de sites historiques tels que Pietrafagnana et la Rocca di Pietrarubbia, l'ouvrage de Thomas Gkikas et Felix Verheyden ne se contente pas de dialoguer avec l'histoire humaine, mais s'imprègne des cycles métaboliques naturels. Telle une ligne traversant le terrain, cette structure sculpte le paysage tout en se fondant progressivement en lui, symbolisant une tension entre la pérennité d'un monument et la fluidité d'un processus en évolution.
La structure est conçue comme une paroi modulaire composée de 25 unités, chacune destinée à accueillir une botte de foin. Quatre de ces modules sont délibérément absents, créant ainsi des passages et des espaces de repos. Cette configuration agit à la fois comme une armature et un cadre conceptuel, déterminant les proportions et le rythme du pavillon en fonction de l'échelle et de la temporalité du foin qui le remplit. En intégrant le foin comme un élément à la fois matériel et temporel, l'architecture se transforme en une structure façonnée par l'éphémère. La décomposition progressive du foin est un élément fondamental de sa conception, soulignant une transformation lente et voulue comme une composante intrinsèque de l'œuvre.
Contrairement aux pavillons traditionnels qui délimitent un intérieur et un extérieur, le "Mur Métabolique" refuse cette intériorisation. Sa forme linéaire ne génère pas de frontières nettes, mais crée plutôt un seuil perméable qui invite à une coexistence harmonieuse avec l'environnement. Érigé en bois et rempli de foin, le pavillon est délibérément conçu pour interagir avec la faune locale : les cerfs, les sangliers, les renards, les oiseaux, les champignons et les insectes. Entre juillet et novembre, les animaux broutent ses bordures, les sangliers fouillent sa base, et les oiseaux prélèvent du foin pour leurs nids. Les insectes creusent, les champignons éclosent, et le processus de décomposition s'amorce, transformant progressivement le remplissage organique de la structure. Le squelette de bois se dévoile alors, devenant un échafaudage vivant sans cesse réinterprété par son milieu.
Plutôt que de lutter contre le phénomène d'entropie, le pavillon l'accueille pleinement. Les champignons altèrent les poutres, les insectes colonisent les interstices, et la vie microbienne digère le foin, métamorphosant ainsi l'architecture en un événement biologique à part entière. Le "Mur Métabolique" se présente comme un espace commun temporaire, façonné par les comportements et les interactions de diverses espèces non humaines. Sa dégradation n'est pas perçue comme une fin, mais comme une continuité : les matériaux retournent à l'écosystème, nourrissant ainsi de futures formes de vie. Dans cette perspective "plus-qu'humaine", l'architecture ne se positionne plus comme une imposition, mais comme un participant actif, un acteur essentiel au sein des grands cycles écologiques. Cela réinvente le concept même du pavillon, traditionnellement centré sur l'expérience humaine, en l'ancrant dans les processus métaboliques et l'agence multispecies. Il s'agit d'un défi aux modèles linéaires de construction et d'élimination, promouvant une logique de circuit fermé où l'acte de bâtir devient une offrande saisonnière à la nature, et où le squelette en bois est finalement réutilisé, prolongeant son utilité au-delà du site initial.